Parlons stratégie mode

carrie-and-manolo-blahnikVous vous souvenez de cette scène dans Sex & the City, quand Carrie réalise qu’elle n’a pas d’apport pour acheter son appart…qu’elle a « investi » dans des Manolo & autres folies au lieu de songer à investir sur un bon vieux PEL. Plus proche de vous, vous avez peut-être, comme moi, vécu ces moments d’intense solitude où vous cherchiez à démontrer tous ongles manucurés dehors que oui, engloutir tous ses salaires (après avoir payé ses charges courantes, pas folle non plus) dans des chaussures, des sacs et des fringues c’était investir sur l’avenir. Exemple d’argument : « Je mets ma futur fille pas encore née à l’abri du besoin, parfaitement, des Gucci de 2001 constituent un excellent investissement, il n’en restait qu’une paire en 38 aux soldes, c’est une pièce désormais introuvable, elle vaudra son pesant plus tard ». Vous vous souvenez des regards levés au ciel de votre moitié, de votre copine, de votre banquier (j’avoue je n’ai encore jamais tenté l’argument, mais dans l’Accro du Shopping ça à l’air fameux…), qui aux Grands Dieux, ne comprennent pas cet investissement massif dans ce qu’ils jugent futile, accessoire, éphémère…

J’ai tenté un jour, en découvrant qu’Adidas arrêtait la fabrication des Stan Smith, de prouver que ça deviendrait une pièce collector et qu’il fallait donc vite aller aux Puces de Clignancourt pour en trouver une paire avant la rupture de stock. Pour preuve, Phoebe Philo salue ses défliés, la Stan aux pieds. J’ai fais un bide. On me passe encore les sacs Kelly et autres collector, must-have, it de chez Chanel (perso, je trouve cela paradoxalement un peu trop mainstream, donc je n’investi pas (encore) là-dessus).

Bon, parlons peu, parlons vrai, je n’ai pas encore trouvé l’argument choc, ni fait la démonstration en mode Excel-For-Dummies pour prouver que mon dressing prend de la valeur d’année en année, au moins au même rythme qu’un Livret A.

Mais, j’ai réalisé récemment que j’étais un agent rationnel comme ils disent, agissant en stratège, guidée par la règle du meilleur investissement au meilleur rapport valeur / prix. Non pas une névrosée, boulimique de fringues et de sacs, cherchant à compenser une carence affective héritée d’une lointaine enfance désargentée, accro aux marques et soumise aux diktats du paraître. Non non, messieurs les jurés, oui, oui, vous avez bien entendu : A.G.E.N.T R.A.T.I.O.N.N.E.L.

Qu’est-ce à dire ? Cela signifie, que mon comportement d’acheteuse obéit à une stratégie bien définie, que je ne cède pas aux pulsions et impulsions comme une âme désorientée sous le coup des effets de la pleine lune. J’analyse, j’évalue, j’attends le moment opportun, j’investis.

Cela ne vous rappelle rien ? Moi, j’y vois là le comportement TYPIQUE d’un investisseur.

D’abord il analyse le marché : quelles sont les tendances, quels sont les valeurs montantes, quelles sont les opportunités et les potentiels pour demain ?

Ensuite il évalue l’investissement : quel ratio coût / bénéfice ? Exemple, si j’achète cet appartement maintenant alors qu’on prédit une tendance baissière dans les mois à venir, est-ce que je n’investis pas un trop tôt ?

Il évalue le moment opportun : là, c’est maintenant, la baisse des prix dans l’immobilier à Paris ne poursuivra pas en dessous des 8500€ du mètre.

Il investit : allo la banque ? j’ai besoin d’un prêt pour une opération à haute valeur ajoutée.

Et bien de mon côté, c’est pareil !

(c) Angel Jackson

(c) Angel Jackson

J’analyse : mais c’est qui ce créateur de folie qui fait des trucs de malade, dans des matériaux qui tuent, à seulement 280 € le sac ??????????? Angel Jackson ça s’appelle. Tour d’horizon de la presse, du placement de produits auprès de nos amis les célébrités, confirmation que cette pièce / ce créateur, c’est du must-have valuable pour l’avenir.

La valuabilité marche aussi pour les créateurs bien établis : mais c’est quoi cette robe de malade que nous a fait Machin-Truc sur la collection P/E 13 ??????? même tour d’horizon…

J’évalue l’investissement : nan mais sérieux, là le sac à 280 €, produit à 15 exemplaires, à Bali en plus dans des ateliers qui aident les femmes par le travail (merci pour la bonne conscience), 3 exemplaires en stock seulement, personne connait encore, attend de voir un peu que ça se met à cartonner et ils seront au double les sacs de cette petite marque qui débarque !

J’investis. Et sans le banquier moi monsieur.

Dans le cas du créateur bien établi, c’est un peu différent : le même wouwouahhh ça vaudra de l’or demain (et déjà aujourd’hui) …mais …. je me suis fait déjà avoir ! Il me l’a vendu le prix fort en début de collection et vla que je la retrouve 6 mois après à -60% sur yoox. Garnement !

Donc là, je mets en place la stratégie Snioux (contraction de Snake et Sioux) :  je piste sur mes petits sites, je mets tranquillement dans la dream/wishlist, j’attends les sales. Aux sales, je checke les stocks. Ça va, ce n’est pas encore le « dernier article disponible ». -30%, peut mieux faire.

Je peux patienter longtemps comme ça. En moyenne 3 à 6 mois (et après on dit que je suis une shopping-addict-compulsive). Et vient le moment où « dernier article disponible » clignote dans la dream/wishlist. Je réévalue : est-ce bien, un must-have, must-wantable, must-valuable article ? Tout simplement une belle pièce de collection que j’aurais plaisir à porter et à amortir dans les années à venir ?

Des fois la réponse est non. Mais je garde quand même, des fois que ça tomberait au prix d’un Zara.

Des fois la réponse est mon Dieu OUI. Et là, comme l’investisseur aguerri, je sais que c’est le moment. J’investis. Toujours sans l’aide du banquier.

Si ce n’est pas de la stratégie d’agent rationnel ça, moi je ne sais pas ce que c’est.

Au fil du temps, j’ai aiguisé ma Sniouxerie, et je vous livre mes règles d’or :

  1. Ne jamais acheter hors soldes, hors promos, hors rabais, hors coup de balais.
  2. Exception à la règle 1 : sauf si la marque / le modèle n’est et ne sera jamais soldé, raboté, balayé et que tu n’en dors plus la nuit.
  3. Toujours miser sur la pièce somehow improbable, celle qui fait douter amis, maris et sœurs : c’est elle qui fera de ta babiole d’aujourd’hui un collector iconique des années 2000 et de l’histoire du créateur TrucMuch dans sa rétrospective en 2072.
  4. Ne pas hésiter à mod-icoter (déclinaison mode du concept de boursicoter) : parier sur la baisse des prix, c’est imparable, 8 fois sur 10, en plus de la belle pièce, la satisfaction de la bonne affaire tu as.
  5. Savoir quand il faut acheter au juste prix : là c’est encore trop tôt, les soldes viennent à peine de commencer ! Là ça va devenir un peu limite, je ne crois pas qu’ils feront mieux que -85%. Et il n’en reste qu’une pièce.
  6. Savoir perdre. Oui des fois, à trop modi-coter, la dite pièce te passe sous le nez. C’est que ce n’était pas ton karma.
  7. Conserver quand même l’article quelques mois dans sa dream-wishlist, des fois, le père Noël passe plusieurs fois dans l’année et fait réapparaitre l’objet du désir.

Ça me donne une autre idée tout cela, je crois que je vais aussi poster mes bonnes trouvailles au « juste prix » !

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